J 22 Troitskiy – Tioumen

Vendredi 1er Juin 2018

Une étape de 117 km qui commence sous un ciel nettement plus avenant.

Le vent souffle toujours et il est bien frisquet mais dans le bon sens.

Bye bye à mon « kemping » où je me suis bien reposé.

La route est plate comme une limande qui aurait croisé la route d’un rouleau compresseur, j’ai le vent dans le dos et j’avance sur des lignes droites… bien rectilignes

Du coup j’enfile les kilomètres, d’autant plus que les cafés sont rares au milieu des bouleaux !

Une station service me permet d’avaler un hot-dog qui calme un peu ma faim.

Ensuite 5 km de rainurage manquent de briser mes dents qui s’entrechoquent Après c’est la pause déjeuner dans un café juste à côté d’un blindé qui commémore deux héros (du coin ?)Le déjeuner est sympa dans ce café Il me reste 45 kilomètres à faire cet après midi. Ça roule toujours très bien malgré un raidillon dans une zone de travaux où on m’oblige à rouler sur l’accotement boueux… ça se transforme en vélo-cross d’autant que ma chaîne détaille et se coince entre deux plateaux. Moi qui l’avait bien nettoyée et graissée hier il va falloir recommencer : le vélo est transformé en tombereau à boue.

Malgré tout ça avance et Tioumen n’est plus qu’à 18 km. Je préviens Irina, ma CouchSurfeuse de ce soir que j’arrive dans une heure 1/4 chez elle. En rentrant dans Tioumen une photo en vitesse d’une enseigne française que je vous laisse découvrir en cyrillique

Et maintenant, les 117 km faits, j’accroche le vélo au 8ème étage (avec ascenseur…). Irina me laisse prendre une douche, prépare un repas rapide et nous partons en taxi pour les sources d’eau chaude de Tioumen38° d’eau minérale (non gazeuse mais salée !), sauna, hamam, finissent par m’achever et en rentrant vers 22 heures j’ai du mal à garder les yeux ouverts en mangeant la tarte aux pommes qu’Irina a préparée en vitesse.

Demain je prends un jour de repos à Tioumen car Irina m’avait proposé, quand je l’ai contactée, de rester ici pour une « Russian Party » en l’honneur d’un anglais qui vient d’arriver et s’installe à Tioumen.

Donc demain : repos, shopping, lessive… et lundi je repartirai vers Omsk où un WarmShowers et ses parents m’attendent déjà ! Arrivée prévue samedi 8 Juin.

Bon dimanche à vous !

J 21 « Km 114 » – Troitskiy

Jeudi 31 Mai 2018

J’ai dû me coucher un peu tard ou c’est parce que je sais que j’ai une vingtaine de kilomètres d’avance, mais ce matin je repousse deux fois l’heure de mon réveil… il pleut toujours et je paresse avant de partir de mon hôtel « Km 114 » (sur la E22 depuis la sortie d’Ekaterinburg)

Quand je « décolle » à 8H20, il n’y a pratiquement plus de camions sur le parking.

Journée mi-figue mi-raisin à l’image du temps : pluvieux le matin, venteux l’après-midi.

La météo est capricieuse…

Quand je m’arrête dans un café, la télé diffuse des images d’ouragan, de voitures renversées, de toits soufflés… dans un coin de l’écran je déchiffre « Tartastan », « Moscou ».

Je jette un coup d’œil sur internet et effectivement c’est LA tempête sur la Russie Centrale : un mort à Moscou, des villes sans électricité, des arbres qui s’abattent sur des voitures.

Si ça vous intéresse voici le lien pour avoir le reportage de Sputniknews sur ce phénomène météorologique.

Finalement je suis bien content d’avoir fait 2.000 km depuis Moscou, ça va peut-être m’éviter quelques soucis.

Je passe devant un panneau « descente à 40% »

Pris par l’élan de cette descente je ne m’arrête pas pour photographier ce panneau, mais arrivé en bas je vois qu’ils ont mis la même indication pour la montée. Décidément les infirmations sur les pourcentages de montées ou de descente sont totalement farfelues !

Poussé par un bon vent d’Ouest (certainement la prolongation atténuée de la tempête sur la Russie centrale), j’arrive à destination, un « kemping » pour routiers, juste après 16H.

Mission accomplie, je m’installe dans une grande chambre confortable pour une soirée tranquille.

Entretien du vélo (qui souffre de la pluie et de la boue) et écoute du disque des Karovas Milkshake, le groupe de Seva. Vous pouvez le trouver sur iTunes Music ou Apple Music si vous voulez vous faire une idée de leur style musical. Vous y trouverez même une chanson en français « Criptique ». Ma préférée après une première écoute est « Sugary Life », une balade romantique !

Demain Tioumen où j’ai déjà une invitation pour une Russian Party !

J 20 Ekaterinbourg – Volkovskoye

Mercredi 30 Mai 2018

Ce voyage avance bien avec une addition de rencontres et d’amitiés éphémères ou peut-être durables…

C’est avec un petit pincement au cœur que je quitte Seva…

J’aurais voulu le remercier plus chaleureusement, de façon plus concrète qu’avec quelques mots, qui plus est dans une langue qui n’est ni la sienne ni la mienne.

Il est évident que ceux qui proposent des hébergements gratuits, que ça soit Couch Surfing ou WarmShowers, sont déjà des personnes qui sortent « un peu » de l’ordinaire.

Pour les membres de WarmShowers on a en plus une certaine passion du vélo à partager.

Mais leur hospitalité va bien au-delà :

  • D’abord la confiance : l’appartement est à moi dès la première minute, on me donne les clés, on m’explique comment je peux utiliser la machine à laver et on me laisse me reposer en partant au travail…
  • Le temps accordé à l’invité: dès que c’est possible mes hôtes se sont rendus disponibles bien qu’ils aient un travail, des occupations.

Je me sens donc redevable envers eux d’une dette immense qui va bien au-delà d’un simple hébergement.

En tout cas quel plaisir d’avoir partagé un peu de temps avec Gregory et Yulia, Sergei, Alla et Denys, Seva.

Concernant Seva je ne pense pas vous avoir parlé de son groupe de rock ? Les Karovas Milkshake,dans lequel Seva joue de la guitare, ont déjà un album à leur actif et un nombre incalculable de tournées en Russie et dans toute l’Europe.

Seva rentre d’une tournée en Italie, il sera en tournée en France à partir du 7 septembre (de Nantes à Biarritz en passant par Bordeaux…).

En plus de sa profession d’interprète dans le domaine de l’architecture, Seva a donc une passion pour la musique, la scène, les voyages et les tournées…

Bien qu’il soit encore jeune il a accumulé une belle expérience de la vie, des voyages.

Je crois que j’aurais pu passer des jours et des jours à discuter avec Seva…

Mais, même si je suis pas Jack Kerouac (dont le livre se trouve sur le bureau de Seva) je suis là pour être « sur la route ».

Donc ce matin à sept heures et demi : en route pour la suite du voyage.

Je quitte Ekaterinburg en suivant « the big roads », respectant à la lettre le conseil de Sven ( qui a quitté Ekaterinburg il y a trois jours et, au rythme qui est le sien il a du passer Tioumen depuis longtemps).

En une heure j’ai fait les 20 premiers kilomètres et je guette un Kофе pour compléter mon petit déjeuner.

A neuf heures c’est trouvé.

Je fais garder mon vélos par deux chiens de garde et un loup (déguisé en grand-père pour changer un peu)

Mon menu au petit déjeuner va peut-être vous surprendre…

Kebab (ketchup et oignons), macaronis au fromage, crêpe fourrée au fromage sûr avec lait concentré sucré, thé vert au citron.

Avant de partir un petit coup d’œil à ce temple des nains de jardin :

Je pars dopé par ce petit déjeuner (j’ai pris une seconde portion de macaronis 🙄), par le vent favorable et un profil de route quasiment plat.

A quatorze heures je suis arrivé à la fin de mon étape (après un nouvel arrêt pour le déjeuner…).

Je découvre un peu dépité mon hôtel en face de la gare de Bogdanovitch : je ne me vois pas passer l’après-midi et la soirée ici. Je retourne sur mes pas car il y avait un autre hôtel à l’entrée du bourg.

C’est pas mieux … il est à peine quinze heures.

Je repère un hôte 45 kilomètres plus loin et je décide de continuer : je ne suis pas fatigué et le vent me pousse.

Bien sûr il pousse aussi de gros nuages qui se rapprochent mais avec un peu de chance…

Un gros 4×4 ralentit à ma hauteur et me demande, vitre baissée, d’où je viens et où je vais. Il me prodigue des encouragements, ça fait toujours plaisir.

Je roule 15 km avant d’être rattrapé par la pluie. Je cherche un arrêt d’autocar que je ne trouve pas pour mettre des protections efficaces contre la pluie. Comme je n’en vois pas à l’horizon je me change sur le bord de la route. Il était temps car ça tombe bien.

J’avance sous la pluie en me disant que Bogdanovitch, tout compte fait, ça aurait peut-être été pas mal…

En plus il y a une belle côte devant moi et je suis obligé de rouler sur l’accotement.

Arrivé en haut un panneau indique Café, Hôtel, Parking…

Bienvenue à Volkovskoye !

L’hôtel est flambant neuf, le café à côté semble accueillant… donc fin d’étape pour aujourd’hui et vite à l’abri et une douche, une !

J 19 Ekaterinburg

Mardi 29 Mai 2018

Journée de repos, de visite de la ville

Monument à Tatischev et de Gennin

Les deux fondateurs de la ville : un géographe russe et un architecte hollandais.

La ville est construite selon un plan orthonormé (les rues de croisent à angle droit).

Des bâtiments d’origine construits en bois il ne reste rien. De nombreux édifices religieux comme la cathédrale Saint Catherine ont été rasés à l’époque communiste. Le premier bâtiment en pierre de Ekaterimburg était une usine d’armement (fonderie de canon si j’ai bien compris)

En effet j’ai un guide hors pair pour cette visite de la ville : Seva, passionné d’architecture me fait découvrir de petits joyaux comme cette demeure datant de 1820, devenue une pharmacie

Ekaterimburg ville stratégique,capitale militaire de l’Oural, Staline a renforcé sa vocation première dans l’industrie de l’armement en y installant de nombreuses usines pendant la guerre 41-45 pour les mettre à l’abri des bombardements allemands.

La ville a été interdite aux étrangers jusqu’en 1991 à cause du secret militaire qui entourait ses activités.

Ville industrielle, ville militaire voici le bâtiment de l’état major et du commandement militaire de l’Oural. Devant une statue du Maréchal Gueorgui Joukov

Officier le plus décoré de l’Union Soviétique on l’a surnommé « le vainqueur d’Hitler ». Extrêmement populaire après la victoire, Staline l’a exilé à Ekaterimburg où il est resté jusqu’à la mort de Staline en 1953 (je m’en souviens bien, c’est l’année de ma naissance). Il a fini sa vie à Moscou ensuite.

Ekaterimburg est la quatrième ville de Russie avec plus d’un million quatre cent mille habitants.

Vue d’en haut de sa plus grande tour c’est une ville gigantesque

Sur la première image on voit la ligne aplatie de l’Oural vers l’Ouest.

Sur la dernière, vue vers l’Est, la route que je vais emprunter.

L’opéra est le troisième de Russie :

Une basilique a été construite pour honorer la famille du tsar assassinée en juillet 1918 dans la cave d’un bâtiment du centre d’Ekaterinburg, les corps étant ensuite jetés dans des mines dans une forêt à une trentaine de kilomètres au nord de la ville :

A l’intérieur de cette basilique des cercueils (vides car leurs restes sont à Saint-Petersbourg) permettent aux fidèles de se recueillir.

Devant l’université une statue est par contre l’objet de dégradations régulières, celle de Iakov Sverdlov, révolutionnaire russe qui est accusé d’avoir ordonné l’assassinat de la famille impériale :

La ville de Ekaterimburg s’est appelée Sverdlovsk jusqu’à la fin de l’époque communiste pour honorer ce révolutionnaire – très controversé aujourd’hui – et l’Oblast (la région administrative) s’appelle encore Oblast de Sverdlovsk.

Depuis sa création Ekaterimburg est une ville d’architecture et d’architecte.

Seva me montre des bâtiments de l’école d’architecture constructiviste, née en URSS en 1920.

Lignes épurées, matériaux modernes, habitat « collectif » , voici deux exemples :

Construit pour les membres de la police politique les appartements n’avaient pas de salle de bain ni de cuisine : les repas étaient pris en commun dans une salle à manger collective (pour faciliter la socialisation) et les douches collectives également au sous-sol. Vu du ciel ce bâtiment représente une faucille (c’est le nom qu’on lui donne).

L’autre bâtiment a été construit pour abriter les concepteurs de « la faucille » :

Et lui s’appelle « le tracteur »…

De nombreux bâtiments constructivistes occupent le centre, en particulier le long de l’avenue Lénine

En tout cas j’aurais eu avec Seva, un guide de choix pour cette visite

Cette visite guidée s’est effectuée dans une température encore bien basse (Seva, pourtant habitué, était content que je lui prête une paire de gants d’hiver). En quittant son appartement le matin quelques flocons (de neige) volaient dans les airs !

Demain il faudra encore pédaler pour se réchauffer…

Oh ! J’allais oublier « Sac-à-puces », le chat de Seva…

P. S. Once again special thanks to Seva who makes me regret leaving Ekaterinburg. Long life to the Karovas Milkshake and long life to his love with Marie.

J 18 de l’hôtel Vostok à Ekaterinburg

Lundi 28 Mai 2018

Je quitte mon hôtel sympathique motivé par ma prochaine arrivée à Ekaterimburg.

Il a plu une bonne partie de la nuit et les nuages sont encore présents au réveil.

C’est un grand jour car, outre l’arrivée à Ekaterimburg, aujourd’hui je « franchis » l’Oural… rien que ça !

Je mets le verbe « franchir » entre guillemets car ça n’a rien d’un exploit sportif, c’est juste un symbole puisque les géographes ont décidé que l’Europe se terminait ici et qu’ensuite commençait l’Asie (les Russes parlent d’Eurasie, ce qui semble plus juste).

Le paysage ressemble au col de Bessey-en-Chaume dans le Morvan : les nuages sont les mêmes, accrochés au sommet des sapins.

Après la ville de Revda, dernière montée avant de redescendre tranquillement vers Ekaterimburg.

Petit arrêt café dans une auberge accueillante. Je profite du WIFI pour rédiger mon court article sur l’étape de la veille. J’organise aussi mon arrivée à Ekaterimburg en questionnant Seva sur une bonne adresse de magasin de vélo pour faire une petite révision quand j’arriverai. En effet Seva ne sera pas chez lui avant 18-20 heures et je vais arriver, si tout va bien, vers 15H.

Après un petit échange de SMS avec lui, je repars tranquillement pour me retrouver dans une averse de grêle 1 kilomètre plus loin… trop tard pour faire demi-tour car je suis sur une deux fois deux voies avec un rail de sécurité au milieu !

Je roule sous les grêlons pendant 3 ou 4 km avant de trouver refuge dans une passerelle pour piéton. En plus elle a des portes à chaque entrée et une espèce de vestibule où je m’installe à l’abri du vent et de la grêle. Profitant d’une accalmie et après m’être changé je repars.

Encore une averse évitée à l’abri d’uns station service et j’arrive vers 15 H à Ekaterimburg, chez Velkom où Dimitri prend immédiatement en charge mon vélo.

Un petit réglage du dérailleur avant, pression des pneus, inspection générale : tout va bien !

Photo, livre d’or (dans lequel il y a un petit d’un français qui est passé là en 2013. Il n’y a que ses initiales mais ça pourrait être Arnaud dont je parlais dans mon premier article).

Dimitri fait aussi une interview filmée du cycliste français.

Il pratique le vélo sur piste mais ça n’est pas facile à Ekaterimburg (si j’ai bien compris) car il n’y a pas de vélodrome couvert.

A quatre heures moins dix je suis reparti ! Je décide de faire un petit tour de la ville en allant rendre visite au Dekatlon local (je voudrais une paire de chaussette et du gel de massage, la bonne excuse !).

Lénine surveille mon vélo pendant que photographie les petits tramways

Puis je passe devant le stade de foot… c’est pour bientôt la coupe du Monde ! Tout semble prêt pour le grand événement

Ensuite Dekatlon où la directrice du magasin ne sait quoi faire pour me rendre service. Je lui ai dit que je correspondais avec Allan Olivier et elle veut lui envoyer un mail avec une photo du visiteur de France, d’autant plus serviable que je lui ai dit que Mélaine travaillait au « head-office » de Décathlon à Lille.

Shopping vélo fini pour aujourd’hui !

Il est temps d’aller retrouver Seva qui m’attend dans son appartement.

Il est vraiment sympa : il parle quelques mots de français certainement appris avec Marie, sa compagne originaire de Carmaux, qui semble être tombée amoureuse de la Russie… et de Seva puisqu’elle vit avec lui depuis deux ans.

En ce moment elle et en vacances en Suisse, près de Lausanne (coucou à mes deux sœurs et à mon beau-frère au passage), donc je ne la verrai que dans les albums que me montrera Seva.

Seva est interprète-traducteur et il travaille dans une entreprise d’architecture qui a construit la plus grande tour d’Ekaterimburg. Il est donc très à l’aise avec l’anglais qui sera notre langue commune.

En plus de son intérêt pour son métier et l’architecture, Seva est un musicien avec un groupe dont je vous donnerai le nom russe plus tard (il y est question de vaches).

Ce soir c’est répétition donc Seva me laisse les clés, quelques infos sur l’appartement et il me laisse prendre ma douche.

Lessive en règle de mes vêtements grâce à la machine. Pendant que « ça tourne » je vais faire quelques courses au supermarché du coin.

Je rentre me préparer pâtes et saucisses et j’en garde une part pour Seva qui rentre de sa répétition.

Il m’explique pendant cette dînette improvisée qu’il fait une tournée en France fin septembre : Nantes, Rennes, Biarritz,peut-être Bordeaux et (si j’ai bien compris) Arès où Evelyne va pouvoir aller écouter un groupe de rock russe en septembre !

Seva me montre ses photos du Baikal en février où il est allé faire du vélo avec Marie.

Ça semble vraiment magnifique cette nature figée dans la glace… mais moi qui souffre d’une averse de grêle je ne sais pas si je roulerais sereinement sur la glace du Baïkal (profondeur mille mètres à peu près) par vingt degrés sous zéro…

Maintenant c’est l’heure d’aller se reposer, au final j’ai fait un peu plus de 100 km avec mes aller-retours dans Ekaterimburg.

Demain matin Seva me fera une visite expresse d’Ekaterimburg en vélo avant de commencer son travail.

A demain !

J 17 Achit – en route vers Ekaterimburg

Dimanche 27 Mai 2018

Bonne fête à toutes les mamans (et à la mienne en particulier ❤️).

Un peu de retard pour le blog car pas d’internet hier soir.

De toute façon à part la fête des mamans, pas grand chose à signaler : ça monte, ça descend et ça remonte. Il paraît que ça s’appelle l’Oural…

Si ça n’arrête ni les camions ni les cyclistes par contre ça arrête les nuages et ça fait pleuvoir.

Donc un peu de pluie intermittente pour m’accompagner aujourd’hui.

Comme une grosse averse s’annonce au moment où je passe devant un petit hôtel qui a l’air sympa : ça sera mon étape de ce soir.

L’hôtel s’appelle Vostok (comme le vaisseau spatial ?) et la douche est super chaude !

Juste à côté un restaurant tout en bois

Situé à côté d’un petit étang l’endroit doit être agréable à fréquenter avec un peu plus de soleil

102 km aujourd’hui. Demain fin de l’Oural et Ekaterimburg… et une journée de repos.

Je sens que je vais avoir le temps de vous reparler de Michel Strogoff 😊

J 16 Kungur-Achit

26 Mai 2018

Je quitte Kungur sans trop de déplaisir… mon étape était d’un confort rudimentaire : pas de douche, restauration limitée, propreté douteuse… heureusement que Sergey à Kazan m’avait fait cadeau d’un spray désinfectant alcoolisé (Сергей спасибо) et que j’ai quelques lingettes pour une toilette de fortune. En plus ma chambre est envahie de fourmis… mais ça on le voit aussi à la maison (n’est-ce pas Benoît et Eli !).

Donc je pars avec un café et un donuts dans l’estomac. Et dehors il fait toujours froid.

Je comprends mieux ce micro-climat polaire en croisant un panneau au premier carrefour :

Glaciaire de Kungur ! Tout s’explique… je suis dans une espèce de frigidaire géant et on est en train de tester ma résistance au froid ! OK, alors une petite montée pour se réchauffer et on n’y pense plus.

Ma route descend vers le sud : j’espère que ça va finir par se réchauffer un peu.

En attendant je m’accorde une pause au bout d’à peine 19 kilomètres. Purée – saucisse et un thé chaud ça ne peut pas faire de mal.

J’en profite pour commencer le compte-rendu de la journée… un bon moyen de paresser au chaud. Mais il faut repartir !

Il fait toujours froid quand j’arrive à la pause déjeuner mais le bortch est délicieux, de même que le goulasch.

Je change de vêtements car sous deux coupe-vent mes autres vêtements sont trempés.

Mais il ne me reste que 40 km que j’avale comme le bortch !

Hôtel avec douche (et suffisamment d’eau chaude pour me laver et faire une lessive), je suis maintenant en mesure de disserter sur les distances.

En effet c’est un sujet qui intéresse tout le monde (surtout vous j’espère…) depuis qu’on mesure des champs, des trajets, des pays.

Toutes mes pensées sont focalisées sur les kilomètres parcourus, ceux à parcourir, la vitesse moyenne à laquelle je roule… mais c’est la même chose pour vous quand vous prenez un TGV qui roule à 300 km/ heure ou que vous faites 750 km avec votre voiture pour aller aux sports d’hiver ou 0,750 km à pied pour aller acheter votre baguette de pain.

Mon histoire commence vers -250 par celle du pharaon qui voulait connaître la taille du royaume d’Egypte et ce que ce royaume représentait par rapport au reste du monde.

Un pharaon sait s’entourer de serviteurs efficaces et il avait pour répondre à cette question un « arpenteur » et un mathématicien grec (Ératosthène). L’arpenteur savait faire des pas réguliers sur une grande distance. Le mathématicien grec avait de bonnes notions de trigonométrie et savait que la terre était ronde.

L’arpenteur remonte le cours du Nil d’Alexandrie jusqu’à la première cataracte du Nil (là où se trouve le barrage d’Assouan).

Il fait environ 1 million de pas (simples) pour remonter le cours du Nil.

Le mathématicien plante un bâton dans le sable à Alexandrie et mesure l’angle du soleil à midi le 21 Juin, jour du solstice d’été. Au même moment le soleil est au zénith de la première cataracte puisqu’elle se trouve au niveau du tropique du Cancer. Il lui est donc facile (!) de calculer la différence de latitude et surtout la part de la circonférence que représente cet angle sur une sphère… il en déduit que le royaume d’Egypte représente (environ) 1/12 de l’hémisphère nord, soit 1/48 de la circonférence terrestre qui, du coup, fait 48 millions de pas. Si on fait 12.000 pas au kilomètre ça donnerait une circonférence de la Terre de 40.000 kilomètres… ce qui est exactement ça !

Donc trois siècles avant notre ère on était capable d’estimer de façon relativement précise la dimension de notre planète… et du royaume d’Egypte.

Par la suite les unités de mesure comme le pas ont été remplacées par des unités plus « mathématiques » comme le mile (marin) et le kilomètre.

Les premiers à rationaliser la mesure de distance ont été des navigateurs qui avaient grand besoin de savoir le chemin parcouru et celui restant à faire pour arriver au prochain port (afin de vider une barrique de rhum).

Et les premiers vrais navigateurs ont été anglais, portugais, italiens, hollandais et aussi un peu français.

Mais ceux qui ont donné une unité de mesure à tous les matins du monde ont été les anglais…

Pour cela ils ont fixé comme étalon de distance une minute d’arc terrestre et l’ont appelé le mile marin.

Si on considère l’angle formé par l’axe entre les deux pôles et l’axe de l’équateur on a un angle droit.

L’angle droit, comme chacun sait, bout à 90°… euh non l’angle droit mesure 90°.

Dans chaque degré combien de minutes ? Vite à vos petits rapporteurs ! C’est pourtant simple puisque c’est comme pour les heures, soixante. Un angle droit de 90° correspond à 5.400 minutes (90 x 60 = 5.400).

Donc la distance du pôle Nord (ou du pôle Sud) à l’équateur correspond à 5.400 minutes d’arc terrestre et donc à 5.400 miles marins. Comme auraient dit nos amis latins « Quod erat demonstrandum » (ou CQFD pour nous gaulois)

Mais nos kilomètres alors, d’où viennent-ils ?

Vous vous souvenez sûrement d’un épisode de l’histoire de France : la révolution de 1789.

Quel a été le premier travail des révolutionnaires ? Instaurer un système de poids et mesures unifié sur le territoire de la nation. En effet chaque région avait ses différentes unités de poids, de volume, de longueur, ce qui permettait aux pouvoirs locaux de « faire bonne mesure »… comme ils l’entendaient.

Donc nos révolutionnaires décident d’instaurer des volumes, des poids et des longueurs identiques pour tous.

La première tâche est l’unité de longueur (les autres vont en découler).

On va pour cela mesurer (comme nos ennemis héréditaires, les anglois) la distance d’un pôle à l’équateur.

Mais nous sommes aussi à l’époque de la décimalisation… nous n’allons plus mesurer les angles en degrés et minutes mais en grades et en centigrades.

Inutile de rappeler aux plus âgés nos rapporteurs de la petite école où il y avait une double mesure des angles…

Pour les plus jeunes sachez qu’un angle droit (90°) mesure dans le système des grades, 100 grades. On comprend très vite pourquoi ce système de grades et centigrades n’a pas fonctionné quand on veut mesurer les angles d’un triangle équilatéral : 180° divisés par 3 ça fait 60°, mais 200 grades divisés par 3 et bien « ça ne tombe pas juste ! ».

Bref on est parti sur ce principe de grades et centigrades pour obtenir « notre » unité de mesure à nous, les révolutionnaires français !

Un angle droit de 100 grades comporte combien de centigrades ? Sachant qu’il y a 100 centigrades par grade… ça fait ?

100 x 100 = 10.000

Il y aura donc 10.000 centigrades d’arc terrestre du pôle à l’équateur et ce centigrades on va l’appeler le kilomètre.

Il y a par conséquent 10.000 km d’un pôle à l’équateur et 40.000 km pour faire le tour de la terre.

Et notre bon vieux mètre est la millième partie de ce centigrade d’arc terrestre…

Exercice pratique : combien mesure un mile marin exprimé en kilomètres ?

10.000 / 5.400 = 1,852 km

Je ne sais pas combien d’entre vous vont avoir envie de se désabonner de ce blog en lisant ces explications mais ne partez pas je vous reparlerai de Michel Strogoff bientôt… si vous êtes sages 😜

Et pour me faire définitivement pardonner je vous fais cadeau d’un beau coucher de soleil du Tatarstan à Achit

A bientôt !

J 15 Perm-Kungur

25 Mai 2018

J’ai trouvé la nuit bien courte… encore un effet du changement d’heure.

Alla est déjà debout et en train de préparer un petit déjeuner quand je sors de mon duvet. Mon matelas est très confortable mais à l’usage très bruyant et j’ai bien peur, comme nous avons dormi dans la même pièce, d’avoir gêné le sommeil de mes hôtes…🤭

À huit heures le vélo est chargé prêt à partir et je prends congé d’Alla et Denys qui ont été plus qu’adorables avec moi.

En route pour une étape réduite.

Un arrêt au supermarché pour acheter pomme, banane, yaourt, barre de céréale et ça y est quitte Perm

Au passage je tombe sur quelques enseignes françaises qui ont l’air de s’implanter sérieusement en Russie : Leroy-Merlin, Décathlon et Castorama.

Ensuite j’emprunte l’E22, direction Iekaterimbourg.

Un vrai boulevard que cette autoroute : deux fois trois voies plus bande d’arrêt d’urgence « aux normes »… j’ai le sentiment de rouler en toute sécurité pendant 50 kilomètres. D’autant qu’une zone de travaux de près de dix kilomètres met à ma disposition une piste cyclable aux dimensions impressionnantes J’en profite pour essayer de me réchauffer car je suis parti en short et ce matin on n’atteint pas les 10°…Je finis par m’équiper plus sérieusement d’autant que quelques gouttes commencent à tomber. Au kilomètre 50 depuis ce matin, un café bienvenu pour mon menu bortch et goulache macaronis et deux tasses de thé brulant. Je profite d’avoir une bonne connexion internet pour rédiger l’article du blog de la journée d’hier : je vois que j’ai habitué quelques lecteurs à une livraison journalière (c’est le principe du journal…) et j’ai déjà reçu quelques messages inquiets sur l’absence de compte-rendu de la journée d’hier ! Je repars tranquillement dans le froid qui décidément est bien installé. Je suis content d’avoir une étape plus courte pour me mettre à l’abri et au chaud. J’espère que demain les températures seront plus clémentes…89 kilomètres aujourd’hui… j’avance ! Et maintenant je redescends vers le sud. Il faut que je remette Michel Strogoff sur le tapis demain sinon vous allez oublier. Je vous ferai aussi une petite leçon sur les mesures de distance (je ne fais que vous parler de kilomètres… c’est un peu le sujet de ce blog)En attendant je vous souhaite une bonne fin de journée !

J 14 Ochtior-Perm

24 Mai 2018

« Always take the big roads ».. décidément je ferais mieux d’écouter les conseils germaniques. Ça n’est pas que la Russie leur ait mieux réussi qu’à nous mais un cycliste expérimenté comme Sven a peut-être mieux mesuré l’énorme différence entre le réseau routier principal et le réseau secondaire. Quant aux chemins vicinaux je ne pense pas qu’il ait pu venir à l’esprit de Sven d’y songer un instant.

Stéphane si…

Pourtant en quittant mon hôtel « Barbie » rien ne me stressait ni ne me pressait : j’étais attendu à Perm à 19H puisque mes hôtes WarmShowers rentraient chez eux à 19H. Donc largement le temps de faire les 110 km.

Mais la pluie s’en est mêlée m’obligeant à quelques arrêts pour m’équiper et aussi à redoubler de prudence sur le trajet.

Après une pause déjeuner protégé par un abri pique-nique

Je traverse Krasnokamsk, le long de la rivière Kama que nous retrouverons à Perm.

Jolie cathédrale en ville

Après Krasnokamsk mon GPS m’envoie une fois de plus sur une route secondaire qui se transforme vite en piste sablonneuse sur plus de 3 km.

Je commence à mieux maîtriser la technique sur sable mais il n’empêche que la vitesse (ou ce qu’il en reste) s’en ressent pas mal, le moral aussi et la montre tourne.

Dès que je retrouve, non pas du goudron, mais de la terre battue, je demande de à Google de me faire un itinéraire « voiture » digne de ce nom.

Après 5 mn sans réseau où je ronge mon frein, j’ai une nouvelle route à suivre et même à escalader vues les montées qui se succèdent… Tous les kilomètres je te croise ma trace précédente qui serpente sur un chemin boueux, traverse des jardins ouvriers, bref totalement impraticable.

Après une heure de galère je rejoins l’E22. Là c’est un autre sport… Comme le dit Cabrel c’est « prendre ma place dans le traffic » ! Mais quand c’est fait j’ai l’impression d’être dopé par la circulation ambiante et je déboule à près de 35 km heure sur le pont gigantesque qui traverse la Kama.

Puis c’est la circulation de l’entrée en ville : je me faufile entre les bus et les camions à l’arrêt pour progresser vers l’appartement d’Alla et Denys que j’atteins à 19H03.

A peine le temps se de prendre une bonne douche, Alla a préparé un repas spécialement pour moi et tout de suite après ils ont réservé un taxi pour me montrer le centre ville de Perm.

D’abord la statue des « Oreilles salées » en mémoire des porteurs de sels de Perm qui avalent, paraît-il, des oreilles décollées et rougies par les sacs de sel qu’ils transportaient

D’où la statue où il faut absolument mettre sa tête entre deux oreilles :

Ensuite l’ours emblème de Perm

dont il faut caresser le museau pour avoir de la chance (évidemment j’y vais de ma caresse).

Ensuite une amie d’Alla, prénommée Anna vient nous prendre en voiture pour aller admirer le soleil couchant sur la Kama et ses navires de croisières :

En face de l’embarcadère une gare assez typique avec un petit côté kitch et sympathique

Puis la place du théâtre avec ses fontaines animées (pas à cette heure-ci malheureusement)

Ensuite Anna nous laisse à une station de bus et nous rentrons dans l’appartement d’Alla et Denys.

Matelas pneumatique, sac de couchage et vite au dodo… il est déjà presque minuit !

Pas le temps de faire le blog ce soir, désolé. Je m’y collerai demain.

Avant de m’endormir je prends la décision de faire le trajet jusqu’à Iekaterimbourg en quatre étapes au lieu de trois : je sens que je me mets un peu trop la pression et les deux heures « perdues » avec le changement d’horaire me restent un peu dans les jambes…

Donc je change mes étapes, trouve de nouveaux points de chute. J’ai l’esprit plus léger en allant me coucher !

A demain ou même ce soir (puisque j’ai profité d’une pause déjeuner au chaud et à l’abri du vent et de la pluie) pour la suite du trajet !

J 13 Votkinsk-Otchior

23 Mai 2018

Les journées se suivent et se ressemblent, donnant ainsi raison à ceux qui m’avaient demandé avant mon départ si je n’allais pas m’ennuyer… mais pour l’instant je n’ai pas le temps de m’ennuyer (je crois que c’est l’oisiveté qui provoque l’ennui).

Et ce d’autant moins qu’on a encore rogné ma journée d’une heure…

Je trouve que deux changements d’heure en deux jours ça fait beaucoup… je vais bientôt avoir le jet-lag en vélo, un comble.

La journée d’aujourd’hui n’ayant pas grand chose de particulier, si ce n’est une accumulation intéressante de montées et de descente et une rencontre sympa dans une station service où j’étais venu faire le plein d’eau, je vais pouvoir vous expliquer les changements de fuseaux (si ça ne vous « branche » pas trop vous sauterez !).

Mais d’abord mon petit hôtel de Votkinsk et sa propriétaire, charmante qui m’a cuisiné un plat de poisson hier soir et qui m’a fait avaler un porridge consistant ce matin juste avant de partir alors que j’avais déjà pris un petit-déjeuner sur mes réserves dans ma chambre…

(Ce qui est jaune au milieu de la tasse c’est juste un quart de plaquette de beurre…)

C’est donc bien nourri et bien lesté que j’ai pris la route en quittant Votkinsk par une grande artère… ensablée !

La route elle-même bien agréable malgré les « coups-de-cul » qui se succèdent régulièrement

Et un paysage des plus champêtres

Vers midi je me dirige vers une station service pour acheter un soda et remplir un de mes bidons. L’employée de la station veut absolument une photo avec le cycliste français. Comme elle est mignonne et que je sais que ça va répondre à une demande d’Alain, j’accepte avec plaisir :

Ensuite il faut encore pédaler, monter, descendre, pour arriver un peu avant 19 heures dans une chambre digne de Barbie !

Mais il s’agit de 19 heures, heure locale, soit GMT + 5.

Actuellement en France nous sommes à GMT +2 avec l’heure d’été.

La terre étant divisée en 24 fuseaux quelle distance d’est en ouest (ou d’ouest en est comme c’est mon cas actuellement) faut-il parcourir pour franchir un fuseau horaire ?

Bien entendu ça dépend de la latitude à laquelle on se trouve.

A l’équateur un fuseau va mesurer 40.000 km divisé par 24 (soit 1.666 km), au cercle polaire de 16.300 km divisé par 24 (679 km).

A la latitude moyenne de la France (45°) c’est 28.336 km divisé toujours par 24, soit 1.180 km (ce qui explique que nous ayons environ une heure de décalage entre Brest et Strasbourg pour le lever et le coucher du soleil).

Plus on monte en latitude, plus les fuseaux sont étroits (d’où leur nom…) et donc plus vite on franchit les fuseaux.

A la latitude où je me promène (55°) la circonférence de la terre est d’environ 22.685 km, ce qui fait qu’un fuseau mesure à peu près 960 km d’est en ouest.

Donc il est normal que je franchisse plus vite les fuseaux horaires.

Et ça ne fait que commencer car il y a 7 heures de décalage entre Moscou et Vladivostok.

En attendant, concrètement, je me lève plus tôt d’une heure demain !

Bonne soirée et bonne nuit !