2022-06-13 Le lundi au soleil

Même si cette journée de lundi ressemble à un dimanche, elle commence par des travaux d’écriture pour rédiger l’article du blog.

Ça n’est pas tant la rédaction de l’article qui constitue un travail que le « téléversement », selon la terminologie de WordPress, des photos qui demande une trèèèès grande patience.

Pour cette raison je commence la rédaction de l’article d’aujourd’hui dès cette fin d’après-midi car demain matin je roule.

Donc ce matin écriture et poursuite de la découverte du centre.

Pendant que je suis en train d’écrire j’ai droit à la visite (je me suis installé dehors pour mieux capter le réseau…) d’un bon nombre d’ouvriers qui travaillent sur les réalisations actuelles.

Ici c’est Dilmurat un Ouzbek qui a émigré dans la région de Taraz pour trouver un travail :

Un petit point de géographie s’impose : nous sommes ici à la frontière avec le Kirghizistan qui n’est distante que de quelques centaines de mètres.

La frontière est surveillée en permanence par des gardes armés pour empêcher l’immigration clandestine.

Moi qui pensais emprunter un petit chemin qui longe la frontière pour la prochaine étape, il vaut mieux éviter ce genre de plaisanterie : les « chemins des douaniers » ont toujours l’air en activité ici.

Enfin ça n’empêche pas de trouver des Kirghizes et des Ouzbeks qui travaillent au Kazakhstan.

Donc je rédige, je télécharge des photos… la matinée s’écoule tranquillement. J’ai pris un thé et un peu de pain comme petit déjeuner, ce qui suffisait amplement pour entamer la journée.

À midi précise Zhapar vient me chercher pour un « breakfast ». D’accord, on va dire que c’est le repas de midi.

Zhapar s’affaire dans sa cuisine (on voit qu’il dirige un restaurant) : il me prépare un thé avec du romarin, de la mélisse, menthe, jus et zestes de citron et d’orange… c’est un délice. S’y ajoutent trois œufs au plats, des crudités, du pain et un beurre artisanal « baratté » (si j’ose dire) à la main.

Après nous partons pour une tournée d’inspection du domaine : des algues dans les étangs ? A enlever ! Une louche oubliée près d’un barbecue ? Enlevez-moi ça tout de suite ! Un mur à monter en brique ? Affar trace au sol le contour exact du mur. Des bouteilles plastiques qui traînent ? Et hop à enlever ! A la menuiserie (on y fabrique de tables de banquet par dizaines avec des pieds chantournés), vérification des travaux…

Bref c’est la revue de détail et de paquetage.

Mais une bonne partie de l’attention de Zhapar concerne la nouvelle salle de réception en construction. Elle est gigantesque :

Et l’intérieur est impressionnant avec ses deux niveaux :

Et l’immense salle abrite un bania (qui est bien sûr en préparation) avec une piscine qui, même si elle n’est pas olympique, est de dimensions respectables.

Et tout cela côtoie des nénuphars qui sont en fleur :

Après ce tour du domaine, Zhapar m’emmène dans son pick-up avec des produits du jardin destinés au restaurant de centre-ville.

En route j’en profite pour photographier le Taraz Arena :

Arrivés au restaurant, là aussi c’est une sorte de démesure : de la cuisine sortent des plats immenses en continu

Je traverse des salles de réception de grandes dimensions

Pour aboutir dans une salle à manger, visiblement privée, où on nous sert… un repas traditionnel (viande de cheval, riz, légumes)

À côté il y a une salle de billard « confortable » :

Et un autre salon de réception « ambiance peau de loup »

Zhapar entre dans tous les bureaux en coup de vent et poursuit sa tournée d’inspection.

J’en profite pour photographier la salle à manger principale :

A l’entrée du restaurant nous retrouvons son frère, Beket, qui semble être partie prenante dans l’affaire et qui déguste avec des invités (ou employés) une bouteille d’un vin blanc doux italien.

Voici la façade du restaurant:

Sur l’arrière il y a un spa et un mini-hotel que nous allons inspecter (vérification des éclairages, de la propreté des salles de bains, du bania…). L’œil du chef est partout.

Au moment de partir, l’épouse de Zhapar, Kulash, nous rejoint et nous rentrons à trois au centre de vacances.

Je commence la rédaction de l’article de cette journée car demain je roule… direction Nurkent 😎 (même du paradis on finit par se lasser…)

La soirée va se poursuivre par un repas délicieux avec, entre autres, du poisson de l’étang. Et un peu de vodka malgré tout !

Stariy Doktor, Docteur des Étoiles… tout un programme

Encore merci à Zhapar et Kulash 🙏

Ciao a tutti 🤩

2022-06-12 de Taraz au… paradis !

Encore de la paresse (ou fatigue) mais ce matin je suis encore irrésistiblement attiré par la gare de Shu.

La perspective de trois étapes de steppe aride ne m’enchante pas et je voudrais me rapprocher de la frontière Kirghiz et de ses montagnes qui doivent un peu changer la ligne d’horizon.

Pour cela il faut se rapprocher de Taraz. Je décide donc de prendre un billet pour Uch-Bulak qui était mon étape avant Taraz.

Au guichet de la gare, la préposée fait des recherches dans tous les sens : ou la gare d’Uch-Bulak a disparu ou elle est désaffectée ou… je ne sais pas. C’est peut-être une gare pour les trains de marchandises qui sont nombreux.

La gare fantôme d’Uch-Bukak sera toujours un mystère

Donc, plan B, un billet pour Taraz пожалуйста (prononcez « pajaolsta » pour s’il vous plaît). Ça c’est possible : départ à 11:45 pour une arrivée à 15:00 , mais soyez là à 11:20 (elle me l’écrit à la main sur un papier pour être sûre que j’ai compris).

Ça me laisse 3 bonnes heures pour prendre un petit déjeuner, ranger mes affaires et traverser la place de la gare (mon hôtel est juste en face).

Aucune information pour cette célébrité locale dont la statue est en face de la gare de Shu

Un jeune garçon semble très intéressé par mon vélo chargé, prêt à prendre le train :

A onze heures moins cinq je tente une entrée dans la gare.

Avec le plan vigi-cycliste à l’entrée de la gare mon vélo et moi sommes d’abord refoulés pour le passage du portillon de contrôle…

Je montre mon billet, on appelle un haut gradé et hop je passe sans fouille…

Dans la gare on me demande de me poser loin des autres passagers (pourtant j’ai pris une douche ce matin).

Onze heures vingt, message au micro : tout le monde se précipite vers le quai ( qui fait la largeur d’un terrain de foot).

Le soleil tape fort, tout le monde s’agglutine sous l’abri d’un auvent. Le petit garçon avec sa mitraillette en plastique (et une tenue camouflage) perce les oreilles de tout le monde, mais personne ne lui dit rien (moi non plus…).

Nouveau signal au micro, le train entre en gare, c’est le rush vers le bord du quai où chacun cherche son wagon.

Ne sachant pas quel est mon numéro de voiture, je remonte le train vers l’avant et je passe devant un marché aux fruits et légumes que je photographie en vitesse :

Zoomez bien pour voir les pastèques !

Devant chaque voiture un provonitsa (chef de wagon), contrôle les billets. Je montre le mien à un provonitsa qui ne semble pas trop occupé et qui est habillé comme un chef d’état-major de l’armée russe (j’aurais vraiment dû le photographier…). Sa casquette est impressionnante, je suppose que je suis devant une voiture de 1ère classe supérieure !

Il me met gentiment entre les mains d’un chef de quai qui me fait remonter le train fissa-fissa vers l’arrière. Arrivés à la voiture 12, mon chef de wagon un peu moins chamarré que son collègue des premières classes m’indique une porte (secrète) à l’arrière du wagon et retourne à l’intérieur pour l’ouvrir.

Je lui passe mes sacs et le vélo, le tour est joué.

J’avoue que je craignais un peu l’embarquement du vélo (et même tout simplement le fait qu’il soit accepté…). Mais là c’était comme sur des roulettes 🤩.

Une fois dans le train je me couche a ma place.

J’ai hérité d’une place en hauteur dans un train qui doit circuler la nuit et donc tout le monde est allongé sur des couchettes.

Ce train est un vaste restaurant : tout le monde mange, des salades, des soupes, des plats de viande… ça sent bon et ça met l’eau à la bouche. Pour accompagner ce festin sur rail, j’ai prévu une pomme !

Je lis et je somnole… (je ne sais pas si je vous ai recommandé la lecture du livre de Thierry Frémaux « Judoka » ? Mais je le fais maintenant 😊).

Le train passe devant un aérodrome avec des appareils qui semblent un peu vétustes :

On approche de Taraz et le paysage a complètement changé : tout est vert, il y a de grands arbres, des peupliers d’Italie…

On passe même au dessus de ce qui ressemble à un fleuve (une vraie grande rivière, la rivière Talas).

A l’heure prévue c’est l’arrivée à Taraz.

Vélo récupéré, je prends la route vers un lieu que j’ai tenu secret jusqu’à présent (sauf dans le titre) : le paradis.

Personne ne peut vraiment certifier qu’il existe réellement et, en descendant du train je n’en sais encore rien de certain.

J’avais juste repéré, en préparant mon voyage, un endroit dénommé « oasis Aire de loisirs « Sholdala » » à une petite vingtaine de kilomètres de Taraz.

Je me mets en route vers ce lieu mystérieux.

Comme je n’ai pas déjeuné je m’arrête pour une brochette d’agneau dans un petit restaurant fort sympathique avec des petites tonnelles de verdure où on est parfaitement isolé des autres convives :

Le serveur est amusé par ce visiteur à vélo. Il est vraiment serviable et je lui demande s’il peut appeler cette aire de loisirs. Pas de réponse au numéro de téléphone trouvé sur Google Maps.

Je tente ma chance en créant un nouveau contact Whatsapp avec ce numéro et j’envoie un message en anglais (et traduit en russe) pour demander s’il est possible de dormir sur place).

Pas de réponse.

Je quitte le restaurant mais avant de reprendre la route je fais un petit coucou à ma belle-maman Josette qui fête ses 94 ans avec toute la famille réunie à Paris (sauf moi…).

En raccrochant de cet appel je vois que mon message Whatsapp a reçu une réponse et qu’un certain Adal a répondu en donnant un autre numéro à appeler de sa part.

Retour au restaurant et nouvelle tentative de contact par l’entremise du serveur, toujours aussi sympa.

On répond au numéro mais la conversation semble un peu confuse et ça raccroche sans qu’il y ait eu d’information utile..,

Tant pis je roule en direction de cette oasis hypothétique.

Sur la route partout des champs cultivés, des canaux d’irrigation, de la verdure :

Le temps commence à s’assombrir, de gros nuages commencent à obscurcir l’horizon mais on distingue quand même assez nettement une chaine de montagnes enneigées…

Quel contraste avec cette steppe aride traversée ces derniers jours !

Je passe devant une mosquée bien indiquée sur mon plan pour arriver directement sur la voie ferrée qui doit filer vers Almaty ou Tashkent !

Pas de passage à niveau, pas de souterrain en vue, je suis obligé de franchir les voies en portant le vélo au dessus des rails, des traverses en béton et du ballast (je n’ai pas pris le temps d’une photo, désolé pour l’information incomplète).

Je demande ma route à un passant qui ne connaît pas de centre de vacances dans les environs. Il m’indique un magasin et sa gérante elle connaît. C’est à quelques centaines de mètres à gauche.

J’accélère la cadence pour éviter la pluie qui commence à tomber et j’arrive au paradis 🤩

Quand j’arrive je suis accueilli par un personnage qui me fait signe d’attendre un peu.

Je l’entends gronder à l’intérieur de ce que je pense être le bureau de l’administrateur et quelques minutes plus tard un jeune garçon de moins de 15 ans vient vers moi et me dit deux mots en anglais, langue qu’il maîtrise à peine mais c’est normal étant donné son âge.

Arrive ensuite une jeune femme qui parle parfaitement l’anglais.

Elle me dit qu’on va me loger, que pour dîner il n’y a pas de problème.

Elle me conduit dans un appartement duplex avec trois chambres à l’étage, m’en fait choisir une et le fait visiter tout l’appartement qui comporte au rez-de-chaussée un séjour, un coin cuisine (qui n’est pas encore équipé), buanderie, entrée, vestiaire, salle de massage nº1, salle de massage nº2, piscine intérieure attenante à un superbe bania et une autre salle de massage !

Et dès mon arrivée c’est un ballet pour faire le ménage, m’apporter une boisson, des fruits, préparer la salle de bains…

J’ai l’impression que tout le monde se met en quatre, c’est impressionnant.

A peine ai-je eu le temps de poser mes affaires que je suis convié à dîner avec le maître de maison, sa fille, un neveu et son petit-fils.

J’apprends que Zhapar , le propriétaire, a un grand restaurant à Taraz et qu’en raison du Covid il a décidé de faire ce centre de réception et de vacances pour que des convives puissent y manger en plein malgré la pandémie.

Le maître de maison

Sa fille Aïcha est architecte d’intérieur « feng-shui ». Elle habite Nur-Sultan mais elle travaille avec et pour ses parents en décorant et supervisant certaines réalisations comme une toute nouvelle salle de réception qui jouxte une piscine intérieure gigantesque.

Le repas terminé, Zhapar m’emmène faire un tour de son « jardin ». Sur près d’un hectare c’est une profusion d’arbres fruitiers : beaucoup de pommiers (des espèces européennes), quelques poiriers, amandiers, noisetiers, vigne, cerisiers… j’en oublie certainement.

Pommiers

Puis le potager…

Il paraît que les tomates sont grosses comme des pastèques

Puis un tour rapide de la partie « centre de loisirs ».

Une succession de petits étangs, de kiosques avec des barbecues…

Demain on continue la visite : je reste au paradis 🤩

2022-06-09/10/11

Un petit condensé (pour ne pas dire un « réchauffé ») de trois journées au Kazakhstan.

En effet manque de temps, fatigue, manque de connexion internet font que le rythme journalier n’a pas été tenu.

Cependant la chronologie sera respectée au sein de ces 3 journées 😎.

Jeudi 9… jour faste puisque je change d’année. En soi c’est un changement mineur mais ça me survolte un peu et je change mon plan de route pour rallier Khantau en une étape.

Je devais normalement faire étape à Mirnyy après un trajet de 58 km. Mais mon arrêt à Ulken était une petite erreur qui m’a fait faire 10 km en sens inverse. Donc rallonger l’étape suivante de 10 km.

Et Mirnyy est également un détour, tout ça pour arriver dans un petit bourg sans le moindre intérêt autre que de rencontrer ses habitants. Si je continue la route je regagne les 10 km et je vise Khantau, village un peu plus gros, où j’aurais tout autant d’autochtones à rencontrer.

Donc c’est parti pour environ 118 km sans trop de dénivelé (550 m). Je regardais ce matin un entraînement de Tadej Pogācar : 173 km pour 5.500 m de dénivelé positif ! Dix huit fois la Tour Eiffel à grimper, l’Everest depuis Katmandu… Ils sont fous ces pros!!

Donc je pars de l’hôtel relativement serein et confiant.

Un dernier coup d’œil à Ulken et sa centrale de distribution électrique :

Je fais encore quelques photos du Balkhash qui se termine bientôt

Les derniers poissons dans le dernier café avant de quitter la M 36 que je suis depuis Nur-Sultan :

Maintenant j’emprunte l’A-358, la M-36 continuant jusqu’à Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan.

Pour entamer cette nouvelle route je fais taxi-criquet :

Ce petit compagnon est solidement accroché à ma sacoche avant gauche, je peux donc converser avec lui.

Si cela vous arrive (converser avec un criquet), méfiez-vous ! Ça peut être le signe d’un début d’insolation 🥵

En effet il commence à faire chaud, le vent défavorable se renforce et dessèche mes pauvres lèvres : pas moyen de sourire dans ces conditions.

D’ailleurs je n’ai pas trop envie de sourire…

Au kilomètre 41 je décide de faire des arrêts chaque 10 kilomètres et de me reposer 10 minutes.

Excellente idée sauf qu’elle se reposer en plein soleil n’est pas un repos…

Je rappelle le proverbe touareg : « l’eau c’est la vie, l’ombre c’est le repos, le lait c’est la nourriture ». Vous qui allez prendre des vacances, certainement au soleil, cet été, méditez ces trois principes qui viennent d’un peuple qui connaît la chaleur et le désert.

Et l’absence d’ombre veut dire « pas de repos » : c’est simple et sans contradiction possible.

S’arrêter en plein soleil ne permet pas de se reposer.

Mais j’avais prévu une parade : mon petit parapluie 😵‍💫

Bon ça c’est ce que je pensais…

Il m’aurait fallu un parasol Tropico ou Perrier, comme ceux qu’on voit à la terrasse de nos cafés où il fait bon déguster un panaché bien frais (Ô la condensation sur le verre…) ou un petit Pastis de Marseille (Ô le bruit des glaçons contre le verre ! )

Ici rien de tout cela.

Dans les déserts que j’ai fréquentés, il y avait toujours un acacia majestueux pour permettre à 8 où 10 personnes de s’étendre sur un matelas et faire une petite sieste (quel joli mot que le mot « sieste ») avant de repartir, à une heure moins torride, vers l’oasis ou la guelta qui servirait de halte bienfaisante et réparatrice le soir.

Ici rien de tout cela (je sais, je me répète).

A moins d’être une fourmi, impossible de se mettre à l’ombre d’un brin d’herbe.

Et mon pauvre parapluie, en plus, se retourne sous les rafales. Je dois m’incliner face au vent ce qui réduit à un confetti (au fait vous savez que « confetti » ça veut dire « dragée » en transalpin et qu’on se lançait des dragées dans les carnavals italiens et, pour éviter les blessures par jet de dragées on les a remplacées par des bouts de papier, mais on a gardé le nom) la portion d’ombre à laquelle j’ai droit.

Je cuis… lentement mais sûrement, je cuis.

Cinquante et unième kilomètre, ça va je tiens le coup.

Soixante et unième kilomètre: je suis à la moitié.

Comment ça la moitié ? Il me reste autant à parcourir que ce que je viens (péniblement) de faire ?

Soixante et onzième kilomètre : mais où est donc la piscine ? Qui a mis ce ventilateur d’air chaud en route ?

Quatre vingt unième kilomètre : un miracle ! Un cheval mort…

Bon je sais bien ce que vous allez dire : en quoi est-ce un miracle qu’un pauvre animal ait été heurté par un camion et se retrouve raide et ensanglanté sur le bas-côté ?

Et bien ça ramène les paysans du coin qui sont venus récupérer la carcasse de la pauvre bête :

Je n’ai pas pris de photo en gros plan pour ne pas vous dégoûter de jouer aux courses ou de manger de la viande de cheval, à vous de zoomer si vous en avez envie.

Donc une bonne dizaine de Kazakhs sont à l’œuvre pour emmener la carcasse. Et il s’en trouve deux qui ont la gentillesse de me donner de l’eau

Après cet intermède je me dis que je ne vais pas mourir de soif d’ici Khantau.

Mais rien à faire : la déshydratation est plus rapide que l’hydratation.

Au bout de 5 kilomètres, une ancienne station ou café, en ruines, me laisse espérer un peu d’ombre. L’ombre c’est le repos (je vous l’ai déjà dit je crois, excusez moi, ce sont les effets secondaires…).

En fait j’arrive chez Zingaro et toute sa famille… environ cinquante chevaux, étalons, juments, poulains ont élu domicile dans cette ruine.

Je ne me démonte pas et je m’approche de cette petite troupe qui devient vite très nerveuse en me voyant : je ne sais pas pourquoi mais quand les animaux me voient sur mon vélo, ils sont pris de panique (sauf les chiens…).

Ceux qui sont à l’intérieur n’ont, a priori, pas du tout l’intention de me céder leur place. De mon côté je n’ai pas l’intention d’envahir leur domaine : c’est un énorme box, qui n’a pas été « fait » depuis l’origine du monde.

Donc je vous laisse imaginer l’odeur, les mouches, le bruit des sabots, les hennissements…

Peut-être ma présence les dérange-t-elle quand même car brutalement toute la cavalerie part se promener.

Je me retrouve maître des lieux mais, pour autant, impossible de prendre leur place :

J’en suis réduit à un abri précaire et difficile de se reposer dans ces conditions. 

J’ai le temps de les photographier ou de les filmer sous toutes les coutures mais surtout je comprends mieux comment un accident entre un cheval et un camion (ou voiture) peut se produire : les chevaux se promènent le long de la route, la traversent sans tenir compte le moins du monde des concerts de klaxon que ça déclenche. 

Je me décide à repartir sans beaucoup de conviction mais j’ai compris que cet endroit appartenait plus aux chevaux qu’à l’espèce humaine.

Au bout d’un kilomètre ou deux, un autre miracle se produit (décidément ça sert d’avoir un jour anniversaire pour obtenir des petits coups de pousse du destin) : un autocar qui semble en panne est garé sur le bas-côté de la route.

Arrivé à leur hauteur je commence à discuter avec les passagers et les deux conducteurs.

C’est le moteur, pourtant allemand, de leur autocar qui a rendu l’âme. Ils attendent une dépanneuse pour un hypothétique remorquage. Les passagers quant à eux espèrent voir passer un bus qui leur permettrait de changer de monture.

Devant mon air épuisé, et après m’avoir fourni de l’eau et quelques biscuits, ils me proposent de me reposer sur la couchette de repos du conducteur qui ne conduit pas…

J’accepte et me voilà parti pour une heure de sommeil :

Je pense que j’ai appuyé sur le déclencheur de la photo par réflexe au moment où je sombrais.

En me réveillant je prends la décision de planter ma tente dans le coin plutôt que de m’épuiser pour essayer d’arriver à Khantau où il n’y a de toute façon aucun hébergement et où je devrais soit me faire héberger chez l’habitant soit monter ma tente.

Dont acte…

Je suis à 50 mètres de l’autocar et de ses naufragés (dont une grande partie des passagers s’est échappée en prenant des bus qui se sont arrêtés par solidarité).

Les chauffeurs m’approvisionnent en eau et je prépare ma tambouille dans une carcasse de pneu :

C’est le seul moyen pour faire fonctionner le réchaud malgré le vent qui déferle sur la steppe.

Le lendemain matin, en me réveillant après une nuit somme toute assez calme, je m’intéresse à la vie des fourmis 😉

Ça m’a toujours épaté qu’elles transportent des charges deux fois plus grandes qu’elles.

Pour le petit déjeuner les chauffeurs du car (qui sont bien sûr encore là avec un seul passager), m’empruntent mon réchaud pour faire un thé et nous partageons le repas à quatre.

Très gentiment les chauffeurs insistent pour que je reste avec eux et profite du bus pour avancer

C’est tentant mais il me reste environ 37 ou 38 kilomètres jusqu’à Khantau, une rigolade.

Donc me voilà reparti vers 8H30..,

Après quelques kilomètres une voiture s’arrête devant moi et c’est une série de photos et de selfies du couple avec deux enfants :

Pour me remercier j’ai droit à un verre de coca (dans mon gobelet) et quelques encouragements 😳.

Un peu plus loin, alors que je me suis arrêté pour me reposer et photographier un paquet de déchets plastiques, un cow-boy me rejoint avec ses deux chevaux et deux chiens. Il veut savoir… où je vais, d’où je viens. Il s’appelle Bâta et semble très sympathique. C’est moi qui lui propose de mon eau car il a une simple bouteille à moitié pleine accrochée à sa selle. En tout cas il accepte et boit une grande rasade d’une de mes gourdes.

Puis il repart vers son troupeau…

Je passe devant une ex-station service :

En préparant mon voyage j’avais pensé que je pourrais m’y abriter ou m’y ravitailler…

Enfin c’est l’arrivée à Khantau. La première impression est mitigée car je ne vois que de vieilles maisons en piteux état:;

Un automobiliste s’arrête pour savoir… où je vais.., etc. J’en profite pour lui demander s’il y a un magasin à Khantau. Réponse positive mais il faut faire demi-tour pour passer au dessus de la ligne de chemin de fer qui coupe le village en deux.

Après ce contournement je rentre dans le bourg et des policiers m’indiquent le magasin que strictement rien ne distingue des autres maisons du village :

Aucun signe distinctif pour le magasin… fabricant d’enseignes précipitez-vous au Kazakhstan !

Surprise agréable, le magasin est tenu par un jeune homme à la mine éveillée qui maîtrise Google Traduction mieux que moi.

Je lui achète un coca mais surtout je le questionne dans tous les sens sur la possibilité de me loger à Khantau.

Arsen , 16 ans, 1m90 et élève de 10ème. Et surtout très serviable

Je lui demande si par hasard, dans cette maison ou sous le préau je pourrais m’installer pour une nuit.

Il m’explique que c’est la maison de sa grand-mère et qu’il faut lui demander la permission

Il l’appelle : c’est niet ☹️. Devant mon air dépité il l’a rappelle et elle lui parle d’une autre maison… à 30 km d’ici. Si c’est dans la direction de Shu, l’étape suivante, pourquoi pas. Mais autre coup de fil et là encore c’est non.

Je lui demande s’il y a un endroit à Khantau où je pourrais installer ma tente…

Arsen dit qu’il m’emmène là où je pourrais m’installer…

Effectivement il me conduit dans un endroit totalement différent du reste de Khantau : c’est tout vert, un ruisseau serpente sur une petite prairie, il y a des arbres, trois chevaux…

Cette verdure est rafraîchissante

Je m’installe illico presto

A peine la tente montée un voisin vient m’inviter pour le thé et manger un morceau 😋

Bartketchan

Des amis sont à table avec lui :

Iertail et Nuevo

Il a un petit garçon, Oularat, et une petite fille, Aïcha

Oularat
Aïcha

Toute l’après-midi c’est un défilé d’enfants

Ces petites filles sont venues m’apporter une bouteille de jus de fruits

Puis c’est le tour des jeunes adultes

Ici une bouteille de Elben comme cadeau

Le défilé ne cesse pas… un autre voisin est venu me proposer de prendre le thé. Je manque de temps pour me reposer, pour donner suite aux invitations, pour faire un brin de toilette à la source (la lessive est faite)

Un ancien, nettement alcoolisé, vient me voir :

Je continue à aller voir Arsen qui est le seul avec qui je converse assez facilement. Il recharge mes batteries de secours. Je lui achète des œufs et des sardines pour mon repas. Je le questionne sur la météo, le trajet jusqu’à Shu.

Il me dit qu’il va probablement partir à Shu en train demain à 9H.

Je me dis que ça serait une découverte sympa de prendre le train de Khantau à Shu…

Je suis relancé par Askar pour le thé, il me dit qu’il m’attend à 9H.

Je prépare mon dîner devant une bonne partie des enfants du village.

A 8H c’est le rassemblement autour de la source pour faire le plein des bidons :

Il y en a un sur la gauche, allongé, qui n’a pas bu que l’eau de la source…

A 21H on m’apporte une assiette d’un plat Kazakh : c’est brûlant !

Au même moment Askar vient me chercher pour le thé… j’emmène donc mon assiette chez lui.

Le thé est servi par Askar : il y a des fruits, des pâtisseries.

Puis Amina, sa femme, arrive avec une ribambelle de plats, viande, légumes…

Amina se débrouille très bien avec le traducteur Google de son téléphone. La conversation porte sur les enfants, le travail, même la guerre en Ukraine.

Elle appelle un de ses filles qui est guide à Almaty et parle (un peu) anglais.

Je suis ensuite convié à dormir sur place… l’hospitalité Kazakh n’est pas un mythe.

Je vais chercher quelques affaires dans la tente, mon vélo et me voilà installé dans un lit dans la cuisine d’été :

Il est convenu qu’Askar me conduira à la gare (2mn à pied ! ) après le petit déjeuner.

Nuit un leu compliquée car le lit n’est pas très long (…) et le sommier un peu usagé mais c’est l’intention qui compte.

A 6H30 je vais démonter ma tente et je ramène toutes mes affaires chez Amina et Askar.

Nous prenons un petit déjeuner à trois et Askar me conduit à la gare :

Le vélo est monté dans le train tant bien que mal et voilà le train parti !

Vente du billet à bord (moins d’un euro pour un trajet de 2 heures)

Toutes les places sont prises à bord

Puis c’est l’arrivée à Shu à 11H.

En face de la gare un jeune couple fait des photos devant une inscription « I ❤️ Shu ». J’en profite 😊

Et nous faisons une photo à trois

Gentil couple venant d’Almaty. Elle parle un excellent anglais. Elle enregistre l’adresse du blog

Puis c’est l’hôtel (Shyngyzkhan pour ceux que ça intéresse), juste en face de la gare.

Douche, lessive, blog, repos, repas… la routine !

À bientôt !

2022-06-08 Jastar – Ulken

Après la nuit sous la tente près du lac, la cavalcade des chevaux sauvages le matin, c’était un peu dur de quitter cet endroit…

Un passage au café pour saluer le couple qui le dirige.

La patronne au moment du départ me dit : « Que Dieu vous bénisse, vivez longtemps jusqu’à 100 ans »

Une photo du hameau et de la gare de Jastar avant de s’éloigner définitivement

Sur la route je croise de nombreux étals de vente de poisson du lac :

J’arrive à un premier café en forme de pyramide : fermé à cause des travaux…

D’après Jean-Louis les travaux sont ceux de la nouvelle route de la soie qu’organisent les Chinois.

D’ailleurs dans la zone de travaux, devant ce café, il y a un des ouvriers qui porte un gilet avec des idéogrammes et il est nettement typé chinois.

Avant midi repas frugal dans un autre café quelques kilomètres plus loin :

Dehors il commence à faire chaud, 31°. Je recense les bouteilles plastiques jetées sur la route par les chauffeurs routiers qui n’ont pas la possibilité de s’arrêter pour des envies pressantes…

La plupart des bouteilles se cassent ou se fendillent en tombant. D’autres sont à moitié pleines… pas très joli pour le paysage.

Encore une pause boisson dans un café où on diffuse à la télé une reconstitution de la campagne de Napoléon et la prise de Moscou en 1812 (avant le fameux incendie qui sert de trame à « Guerre et Paix »)

Napoléon n’est pas à son avantage…

La responsable de l’établissement est vêtue comme une cantinière qui aurait servi les troupes à la bataille de Borodino… elle est raccord avec la série télé 😉. Je n’ai pas réussi à la prendre en photo ( et ça n’aurait pas été très gentil de ma part).

Il est 14H30. Il me reste une heure de route pour arriver à mon étape à Ulken :

J’ai un peu de mal à localiser l’hôtel où je dors ce soir mais je le savais car des avis Google de clients pourtant locaux m’avaient prévenu qu’il était dans un immeuble d’habitation, sans beaucoup d’indications.

Douche, lessive, courses et repas chasslik dans un restaurant ouvert spécialement pour moi…

Une brochette de poulet…

Brochette de poulet et rondelles d’oignon

Le tout servi gentiment 😎

Voici le barbecue du restaurant :

Et retour à l’hôtel pour un petit repos…

Vous aussi vous aurez du mal à trouver l’entrée de l’hôtel…

Malgré une petite insomnie (qui me permet de rédiger cet article), la nuit est tranquille.

Demain j’essaie de partir avant 7H pour éviter les grosses chaleurs…

À bientôt !

2022-06-07 Prioziersk – Jastar

Ce matin la route m’appartient 😊. Dans ma tête je suis parti pour doubler l’étape et refaire 140 km 😵‍💫.

C’est sans compter avec le vent et, certainement avec la fatigue de la veille…

Je fais des pauses régulières, j’en profite pour photographier le Balkhash qui a une couleur incroyable (les photos n’arrivent pas à restituer ce vert émeraude qui a des reflets cuivrés)

Des oiseaux nichent dans des rochers au bord de la route. Ils ressemblent aux « moula-moula » d’Essendilène (chers à mon ami Alain qui les photographiait sous toutes les coutures) :

Les moula-moula (continuons a leur donner ce nom) en profitent, eux, pour baptiser ma selle…

J’arrive au café de Kashkanteniz où je m’installe pour un thé et pour terminer l’article de la journée du 6 Juin. Je fais durer le plaisir car j’apprécie ce moment de repos.

Il faut ajouter 20 km a ce trajet, le GPS Garmin ayant eu la bonne idée de freezer au m

Je poursuis par une assiette de poisson du lac. C’est bon et plein d’arêtes 😳 mais j’essaie de faire le tri comme le font mes voisins.

Je repars lesté d’une bouteille d’ice tea.

Il commence à faire chaud 🥵. Je multiplie les pauses-photos, prétexte à me reposer quelques minutes :

C’est peut-être cette photo qui donne la meilleure idée de la couleur de ce lac.

J’arrive enfin au café que j’avais envisagé comme halte. Il doit être 13:30 mais je pense que pour aujourd’hui c’est suffisant.

Le café est sympa. La patronne me dit que je peux planter ma tante n’importe où.

Elle partage sa connexion internet et je me dis que ça va être pratique pour écrire mon article de blog ce soir.

Sur ces entrefaites son mari arrive. Il refuse que je paie car je suis un touriste français en vélo.

Un autre client (à mon avis bien éméché) me donne un billet de 1.000 tenge « pour mon voyage ».

Le patron me demande pourquoi je ne vais pas planter ma tente au bord du lac…? Il y a une belle plage à 2 km…

Soit il n’a pas envie de me voir planter ma tente près du café, soit c’est un conseil d’ami.

J’opte pour la deuxième hypothèse et je reprends mon vélo, direction « le bord de la mer » (c’est comme ça qu’ils appellent le lac)

Effectivement c’est beau, sauvage et beaucoup plus tranquille que le café au bord de la route et proche de la voie ferrée.

Ici c’est la nature..,

Le lac est juste à côté

J’installe ma tente :

Et je vais me baigner 😎. L’eau du lac est délicieusement chaude… au moins 24/25°

La plage est bien sûr déserte :

Vers 19h je retourne au café pour un dîner couleur local (bortch), égayé par la présence de deux nids d’hirondelles dans le café. C’est un va et vient incessant des parents qui viennent nourrir les petits

Comme vous pouvez l’imaginer les portes du café sont ouvertes en permanence pour permettre aux oiseaux d’entrer et sortir à leur guise !

Maintenant il va être l’heure de retourner sous la tente et d’affronter les moustiques du Balkhash.

Je vous promets une dernière photo du coucher de soleil avant de publier cet article 😎

À demain matin 🤗

Le soleil couché j’en fais autant dans ma petite tente ⛺️

Ce matin pendant que je replie ma tente, un troupeau de chevaux vient s’abreuver au bord du lac : c’est un spectacle magnifique

Au café, un petit thé et un biscuit. Un selfy avec la patronne qui me souhaite « Que Dieu vous bénisse, vivez longtemps jusqu’à 100 ans »

Allez hop ! Sur ces bonnes paroles c’est reparti 🤩

2022-06-06 de Balkhash à Prioziersk

Ce matin l’hôtel est plongé dans le noir quand je me lève vers 5H30 : plus d’électricité. Pas trop gênant pour le rasage au rasoir mécanique (si ce n’est que je fais ça à l’aveugle…).

La réceptionniste-veilleuse de nuit est sérieusement accrochée aux bras de Morphée quand je rends la clé de la chambre

Dans tous les hôtels où je passe il y a un gardien de nuit qui dort dans un fauteuil (quand ce n’est pas sur un rebord de fenêtre comme à Osakarovka) : les conditions de travail sont rudes et personne ne semble se plaindre.

Dernière photo en quittant Балхаш.

Après une petite demi-heure je m’arrête dans un café qui est, lui aussi, en phase de réveil (la télé n’est même pas encore allumée).

Un thé, un œuf au plat et je repars poussé par un vent Nord-Nord Est de plus de 30 km/heure… donc dans mon dos.

A peine fait 1 km qu’une demi-douzaine de chiens qui ont l’air de faire partie du même régiment, encadrent le vélo en aboyant et en montrant sérieusement les dents.

J’avais eu le temps de sortir de ma poche le petit shocker électrique en principe efficace contre les chiens. Quand ils sont à moins d’un mètre j’appuie sur la détente ce qui semble décourager les plus peureux. Le dernier a peut-être eu plus peur de mes jurons que du shocker : il finit par lâcher prise.

J’avoue que les attaques de chien qu’on dit fréquentes dans ce genre de pays, m’ont toujours stressé. Mais l’expérience de la Russie il y a 4 ans m’a montré qu’il valait mieux affronter que fuire devant des chiens. En tout cas c’est ce que j’essaie de faire même si 6 chiens, visiblement sauvages, ça reste un vrai problème.

Ce danger passe je file à toute allure (enfin tout est relatif) vers mon point étape qui, normalement, est un café situé à l’entrée d’un gros village.

J’arrive à destination à 10H17… un peu tôt pour arrêter de pédaler, surtout que le café est fermé :

Deux bonnes raisons de continuer…

Je commence à envisager d’aller jusqu’à l’étaie suivante : ça ferait 144km, j’ai fait plus avant hier.

Et ça roule toujours bien avec le vent derrière

Je croise des dromadaires qui ne semblent pas très rassurés quand je m’approche pour les photographier :

J’en verrai d’autres en cours de route aujourd’hui.

Avant midi je passe les 100 km… ça roule bien ce matin 😎

A 12H20 j’arrive au Kafé Tasaral, vraiment perdu dans la steppe.

Un âne s’est abrité dans la salle à manger extérieure :

Ça n’est pas grave elle est déserte, comme l’intérieur du café :

Je déjeune rapidement et je profite de la boutique pour acheter une bouteille de thé

La boutique richement achalandée : quelques bouteilles et du papier toilette

Je quitte le Kafé Tasaral et ça roule toujours aussi bien, direction Saryshagan.

Les portions en terre alternent avec le goudron :

Je croise encore des dromadaires 🐫

Je croise également un petit camion avec un étrange :

Dôme d’église, yourte pour jardin d’enfant ? Le mystère pour moi reste entier

Sur ma gauche le lac Balkhash est un mince filet qui se confond avec la ligne d’horizon

J’arrive à Saryshagan, 144 km au compteur

A l’entrée du village deux jeunes cyclistes s’entraînent à tour de rôle avec le vélo qu’ils partagent :

Je pensais trouver de quoi me loger ou un endroit pour ma tente mais deux habitants à qui je pose la question me conseillent de quitter Saryshagan et de rejoindre Priozersk qui est, apparemment, une ville balnéaire et touristique… encore 14 km. C’est parti mais la fin du parcours sera face au vent !

Je croise un side car qui aurait plu à Sylvain Tesson pour sa reconstitution de la retraite de Russie :

Le panneau de bienvenue

Priozersk est une ville balnéaire, peut-être, mais c’est surtout une ville de garnison.

Tout y est bien entretenu, les espaces verts arrosés, le monument pour la grande guerre patriotique repeint et éclairé.

Place principale où les parents louent des petites voitures électriques aux enfants
Procurature
C’est une ville militaire… sous l’égide de l’étoile rouge
Une plage (en travaux…)
Vue sur le lac depuis mon hôtel
Supermarché central
Une église orthodoxe (je prends la photo de l’extérieur pour ne pas risquer une négociation comme à Karaganda)
Le monument à la gloire des héros de « la grande guerre patriotique »
Coucher de soleil sur le lac Balkhash

2022-06-05 Balkhash (ville)

Je vous propose un petit tour de la ville de Balkhash

Si vous voulez avoir des informations plus détaillées voici le lien vers l’article Wikipedia (Balkhash ville)

Sachez que le lac mesure plus 260 km d’est en ouest et environ 40 km de large.

Une rue tranquille
L’entrée du Bania public
La plage municipale
Petit port de pêcheurs
Le petit port
Le front de lac
Monument à la gloire des premiers fondateurs de Balkhash (1931)
« Académique Michael Petrovitch Roussakovu »
Un cavalier et sa dulcinée
Maison de la culture
« Des milliers et des milliers de noms à la mémoire de notre peuple et cela ne doit pas être oublié »
La faucille et le marteau toujours au fronton de bâtiments publics
RÉPRESSION DE ҚҰRBANDARYN ECKEPTKİL MÉMOIRE CONSERVÉE ET RÉPRESSION

2022-06-04 Da Balkhash

J’ai l’impression que j’ai inquiété certains d’entre vous avec les problèmes d’eau…

Il n’y avait pourtant pas de quoi : j’ai croisé un animal totem juste après le départ :

C’est donc décidé à suivre l’exemple des chameaux à deux bosses que j’ai entamé ce trajet qui devait m’amener à Balkhash.

Après une bonne nuit (j’ai été réveillé à minuit moins le quart par un appel d’un commercial belge. Je ne sais pas ce qu’il proposait, j’étais dans un sommeil profond et je l’ai envoyé paître) et un bon petit-déjeuner je suis prêt à enfourcher mon vélo à 06:45.

J’ai pris 4 bidons (2,5 l), un camel-back (2,5 l) et un reste de bouteille. Avec 5,5 litres je pense être paré au niveau de l’eau.

J’ai questionné deux routiers hier soir et c’est confirmé : il n’y a aucune station et aucun Кофе sur le trajet… Donc je ne guetterai pas l’apparition d’un GazProm ou d’une charmante auberge sur le trajet.

Un peu avant 9H j’arrive sur ce qui a été une station service et qui sert aujourd’hui de base-vie aux ouvriers qui travaillent sur le chantier de la route :

S’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas non plus beaucoup de soleil. Ça évite un peu de se dessécher et donc réduit la soif.

Ça n’empêche pas les mirages :

La réverbération (ou effet de diffraction) donne l’impression qu’il y a d’immenses flaques d’eau au loin.

Mais la pluie semble menacer…

Ça c’est derrière moi. Devant ça semble toujours dégagé. Il est bientôt 13H. J’ai déjà roulé plus de 110 km et je ferais bien une pause…

Je vois un petit camion arrêté sur le bord de la route et quand je passe je m’arrête pour saluer le conducteur. Aussitôt il me propose de l’eau que j’accepte bien volontiers.

Puis il m’invite à monter à la place du conducteur pendant qu’il me prépare un thé vert avec du citron.

Il s’appelle Fionar, habite à Almaty et revient de Nur-Sultan. A 72 ans il fait toujours la route et sa cabine est aménagée pour en faire une seconde maison.

Avec le thé, du chocolat, des petits fromages de chèvre, puis des tartines de pâté, puis des tomates et enfin du saucisson…

En fait c’est un vrai festin auquel Fionar me convie.

Pendant ce temps on commence à entendre le tonnerre et quelques goutes de pluie commencent à tomber.

Mais le vent qui semblait plein nord tourne un peu à l’ouest et éloigne la pluie et l’orage vers la gauche.

Je repars, malgré l’insistance de Fionar pour qu’on monte le vélo à l’arrière de son camion et qu’il me dépose à Balkhash. La tentation était bien présente mais quand même…

Je fonce le plus possible car malgré un vent légèrement contraire la pluie semble se rapprocher.

Fionar me double avec un concert de son klaxon et signes d’encouragements 😎. Je ne pourrais jamais le remercier suffisamment pour son hospitalité…

Dans ce cas, toujours le dilemme entre « je m’arrête pour m’équiper avec des vêtements de pluie avant d’être mouillé » ou « je continue le plus possible en croisant les doigts pour que ça ne tombe pas brutalement ».

J’avais repéré quelques constructions 17 km avant Balkhash (j’en avais même fait l’arrivée de l’étape car en préparant mon voyage je ne me voyais pas faire une étape de plus de 150 km).

Je cherche donc à atteindre cet endroit avant la pluie. Le vent souffle en rafales de plus en plus fortes. Je vois passer des semi-remorques qui sont trempés. Les conducteurs me klaxonnent et me font des signes pour m’encourager.

Je finis par arriver dans ce qui a été une station service. Il doit y avoir des gens qui vivent sur place car deux chiens enchaînés montent la garde.

Je me mets a l’abri sous un reste de construction avec un toit en Eternit qui menace de finir de s’écrouler :

Mais déjà je suis un peu protégé des rafales de vent et de quelques gouttes.

Au bout d’une demi-heure le temps est redevenu plus calme et je décide de continuer la route.

Trente minutes plus tard je passe un panneau d’entrée d’agglomération :

La première impression est un peu mitigée avec de grandes cheminées qui crachent une fumée grise sur fond de ciel bleu…

Après les garages, les stations-service, les réparateurs de pneus et quelques cafés j’arrive à l’entrée de la ville et de son inévitable arc de triomphe :

Juste à côté un Mig 21 en pleine ascension :

Une voiture s’arrête et son conducteur, Madi, me demande d’où je viens, où je vais, s’il peut m’aider… partout je rencontre des personnes serviables au Kazakhstan 🤩

A 16H30 je suis arrivé dans un hôtel simple et sympa. Je viens de rouler 155 km et demain je vais visiter Balkhash et prendre un dimanche de repos 🤗

P.S. Merci à Laurent qui, malgré l’heure très matinale (pour lui) m’a accompagné sur Whatsapp pendant la matinée 👍🤩

2022-06-03 Aksu Ayuli – au milieu de nulle part

Départ peu après 8H ce matin, l’Administrator m’ayant expliqué hier soir qu’il fermait la porte d’entrée et qu’il ne viendrait l’ouvrir qu’à 8H.

A 8H moins le quart, je descends mes sacoches et je grignote un ersatz de petit-déjeuner à côté du vélo.

A 8H05 je commence à m’impatienter et par réflexe je mets la main sur la poignée de la porte… qui s’ouvre !

Si ça se trouve il ne l’a pas même pas fermée.

Bref je pars à un peu plus de 8H ce qui, étant donnés les températures d’aujourd’hui est un peu tard.

J’ai prévu une étape de 100 km environ aujourd’hui avec une inconnue sur l’hébergement à l’arrivée.

Au kilomètre 27 je dois trouver un café pour prendre un vrai petit déjeuner et me ravitailler en eau.

Je traverse Aksu-Ayuli où tout le monde semble avoir un ou deux veaux dans son jardi et des poulains en liberté.

Puis une emblème de bienvenue aux visiteurs…

Je croise un vrai cow-boy qui garde son troupeau en étant à cheval.

Je suis arrêté par un routier qui veut prendre mon vélo dans son camion, m’aider… En fait il veut que je change des euros en Tenge… 😧

Je roule tranquillement jusqu’au vingt septième kilomètre, espérant y trouver le café annoncé.

En fait c’est une ruine inhabitée ☹️. Pas d’eau, pas de petit déjeuner. Tant pis j’ai quatre gourdes pour 3 litres d’eau, ça devrait aller.

Une dizaine de kilomètres plus loin je croise des ouvriers sur un chantier qui me proposent gentiment de l’eau que je refuse poliment mais surtout bêtement. Je ne me suis pas encore aperçu qu’un de mes bidons n’était rempli qu’à moitié.

Quand je m’en rends compte je n’ai de cesse de trouver de l’eau (potable). Je vois une voiture de police sur le bord de la route. Je leur demande à quelle distance est le premier café ou la première station service, réponse que je pense connaître puisque sur Google je n’en ai repéré qu’une… à l’arrivée de l’étape, c’est à dire 60 km. Le policier me répond « à peu près 50 km » mais je suis sûr qu’il me parle de la station et du café repérés sur Google à 60 km.

Devant ma mine dépitée il me propose un peu d’eau, le fond d’une bouteille qui traîne au fond de la voiture.

Je remplis environ 20 cl du premier bidon que j’ai vidé depuis le début de l’étape.

Je me dis qu’avec un peu de chance un conducteur fera comme le Russe qui hier m’a gentiment donné un peu d’eau.

Justement, alors que je me repose quelques minutes à l’abri d’un ancien arrêt d’autocar, une voiture passe devant moi au ralenti. Je lui demande de l’eau et il hausse les épaules pour me dire qu’il n’en a pas.

Donc ça sera à l’économie…

Toujours des travaux et des chevaux :

Ici une section en travaux que j’ai voulu emprunter et qui s’arrête sur un pont en construction (ou peut-être simplement « en projet » car il n’y a aucune activité à cet endroit, ni engin de BTP, ni équipe en train de travailler.

Impossible de passer… Demi-tour et retour sur la route, c’est la punition pour le petit-malin qui a voulu profiter d’un revêtement tout neuf.

A 23 km de l’arrivée une ligne droite tirée au cordeau sur 13 km… elle m’a semblé loooongue ☹️.

Enfin le café tant espéré…

Il y a même une place à l’ombre pour mon vélo

Un thé, une omelette et la perspective d’un autre café-Gostinitsa 3 km plus loin, tout s’arrange.

Motel pour routiers avec de petites chambres, pas de douche mais un bania où je me précipite pour me décrasser de la poussière de la route.

Le bania

Il comporte en principe 4 pièces :

Un vestibule où on peut faire des libations avant ou après le bania

On accède ensuite dans une salle de repos-vestiaire :

On arrive ensuite dans la pièce des ablutions. Ici on se lave, on se verse des baquets d’eau chaude ou froide :

Et enfin le bania proprement où on va transpirer :

Le poêle à bois est alimenté, entretenu, attisé depuis l’extérieur. Il y a donc un assistant invisible qui vous met à bonne température.

Les Russes (et les Kazakhstan) prétendent que le bania est plus chaud qu’un sauna finlandais. C’est vrai que le poêle atteint une température très élevée, mais c’est surtout parce que les utilisateurs du bania ont tendance à verser énormément d’eau sur le poêle ce qui crée des bouffées de vapeur

Un thé glacé… plaisir simple mais intense.

Lessive, dîner et vite au lit

Demain 145 km prévus si je veux atteindre la ville de Balkhash et son lac aux 7 rivières, moitié eau douce, moitié eau salée.

Et là pas un seul ravitaillement en eau en perspective 😳

2022-06-02 Karaganda – Aksu Ayuli

Hier journée histoire… aujourd’hui vélo !

La première partie de la route était bien roulante après le départ de l’hôtel et le passage sous l’arc de triomphe de sortie de Karaganda:

Hôtel Zumart
Curieuse cette tour…?
Les 4 minarets d’une grande mosquée à la sortie de la ville
L’arc de triomphe

Et ensuite je trace la route, relativement rectiligne, même si en y regardant de plus près ça tourne un peu quand même :

Pour ceux que ça intéresse voici mon trajet sur Strava :

Normalement je devais faire ces 135 km en 2 étapes mais le début était tellement roulant que j’avais atteint le premier point d’arrivée avant 13H, un peu tôt pour se poser.

J’ai donc décidé de continuer alors que je venais d’entrer dans une zone de travaux qui ne m’a pratiquement plus quitté sur les 60 km suivants…

Pas mal de circulation, énormément de poussière, ornière et tôle ondulée…

Heureusement que la solidarité s’exprime : une voiture russe me double en me demandant si je veux de l’eau… je ne sais pas si mon Не спасибо a été compris mais la voiture s’arrête devant moi et le conducteur me remplit une bouteille qui était vide au dessus de mon sac sur le porte-bagages. C’est quand même très sympa… Metci

Le reste de la route avec quelques photos :

Et l’arrivée à Aksu-Ayuli :

Je trouve un hôtel à 8€ la nuit qui donne un confort en rapport avec le prix mais il y a une équipe de russes sympas avec qui je prends un bania : Anton, Pavel et Sacha partagent avec moi le plaisir du sauna et de se laver avec de grands baquets d’eau 😎

Je profite de cette halte pour une petite réparation du vélo: la plaque de fixation de la couronne d’entraînement de la courroie s’est desserrée et l’Administrator (!) de l’hôtel me prête un peu d’outils pour faire cette réparation. Merci à lui et a Cyclable Nice qui a distance m’a permis de mener à bien ce petit travail 👍🤩